Production le Fresnoy, studio national des arts contemporains
« Situés à mi-chemin entre l’immensité cosmique invraisemblable de la courbure de l’espace-temps et l’incertitude du scintillement indistinct du monde quantique, nous, êtres humains, qui ressemblons plus à des arcs-en-ciel et des mirages qu’à des gouttes de pluie ou des galets, sommes d’imprévisibles poèmes qui s’écrivent eux-mêmes – des poèmes flous, métaphoriques, ambigus et parfois d’une beauté extravagante. » Douglas R. Hofstadter, Je suis une boucle étrange
Je(u) est une installation interactive qui aborde le soi non pas comme une image fixe, mais comme quelque chose qui se forme continuellement à travers le contact, la disparition et la relation. Lorsque les visiteurs entrent dans la zone de détection, leur image apparaît d’abord devant eux, puis se dissout progressivement en centaines de particules. Certains de ces fragments restent dans l’espace virtuel après leur départ, se mêlant aux traces laissées par ceux qui les ont précédés. L’installation crée un paysage en constante évolution, composé de présences accumulées. La couleur des particules varie selon les vêtements portés par chaque visiteur, inscrivant chaque corps dans la mémoire du système. À mesure que les visiteurs se déplacent, leurs traces flottent, se déposent et interagissent, générant une chorégraphie partagée dans laquelle les présences individuelles commencent à communiquer entre elles. Le titre français Je(u) joue sur les mots je, qui désigne le « moi », et jeu. Ici, le « je » n’est jamais entièrement autonome ni clos sur lui-même. Il se produit à travers l’interaction, se transforme par la proximité et se trouve porté par les résidus des autres. La frontière entre toi et moi devient poreuse : chaque présence se prolonge dans les autres, et chacune laisse quelque chose derrière elle. Construit à partir d’un système de particules personnalisé, Je(u) propose l’identité comme une improvisation collective plutôt que comme une essence stable. À une époque où les identités sont souvent utilisées pour tracer des frontières fixes entre les corps, les cultures et les formes d’appartenance, l’œuvre imagine le soi comme poreux, relationnel et inachevé. Dans ce champ fragile et partagé, le soi apparaît non pas comme une possession, mais comme quelque chose que nous formons temporairement ensemble.